Coup de tonnerre dans le monde des télécoms. Fin juillet, la presse annonce que SFR va supprimer 5 000 emplois sur un total de 14 222. Et ce, dès octobre 2016. Sana Iffach est déléguée syndicale centrale CFE-CGC-SFR. Elle est salariée de SFR depuis 1997 et responsable commerciale entreprise. Elle répond à nos questions.

 

Comment avez-vous appris les suppressions de poste envisagées par SFR ?
Nous avons été alertés dès le mois de juin par les déclarations de Patrick Drahi et Michel Combes dans la presse sur le sureffectif chez SFR, ce qui nous a incité à solliciter la direction pour avoir des explications. Michel Paulin, notre directeur général, a réuni les organisations syndicales pour évoquer tout d’abord un projet de réorganisation de la distribution chez SFR. Le chiffre qui circulait au niveau des suppressions envisagées étaient de l’ordre de 1 500 personnes. Ce qui était déjà trop !
La CFE-CGC a immédiatement réagi en demandant une explication sur la stratégie du groupe. En effet, nous avions déjà subi 1 200 départs contraints  en un an. Il était hors de question de parler de réorganisation de la distribution sans orientations stratégiques, en raison des forts impacts sociaux que cela allait entraîner. A partir de la mi-juillet, la direction a de nouveau réuni les organisations syndicales et c’est là qu’on a appris la suppression de 5 000 à 7 000 postes. Un vrai coup de massue.

Les négociations ont-elles commencé dans la foulée ?
Suite à cette annonce, la direction nous a invité à parler d’un projet d’accord de méthode pour accompagner ces suppressions. La CFE-CGC, la CFDT, l’UNSA, la CGT, FO et la CFTC étaient présents. Ce fut un simulacre de négociation pour deux raisons. Tout d’abord, nous avons de nouveau affirmé qu’il était impensable, vu le contexte social, pour la CFE-CGC de supprimer un tiers des effectifs sans connaître les orientations stratégiques du groupe. Simulacre de négociation ensuite parce que nous avons appris que Raymond Soubie, le conseiller social de Patrick Drahi, avait mis la CFDT et l’UNSA dans la confidence, bien avant les autres organisations syndicales. En "off", la CFDT et l’UNSA avaient garanti leur signature sur l’accord de méthode ! Et ce sans aucunes garanties ! Nous avons dénoncé tout ceci.

Les orientations stratégiques vous ont-elles finalement été présentées ?
Non, et c’est pour cela que nous n’avons pas signé l’accord « New deal ». Nous n’avions pas de visibilité des populations concernées et pas de vision stratégique. Signer l’accord, c’était donner chèque en blanc à SFR pour pouvoir faire une purge sociale sans considération des populations fragilisées à cause des filiales d'Altice (la société-mère de SFR) qui ne veulent qu'une chose, reprendre ces activités à moindre coûts (les régions, le service client…).

"Nous avons déposé plainte au pénal contre SFR pour escroquerie"

Vous aviez appelé à une grève nationale le 6 septembre ? Pourquoi avoir changé d’avis ?
La CFE-CGC, la deuxième organisation syndicale du groupe SFR, est volontaire pour agir contre ces suppressions de postes. Nous nous sommes alliés avec la CGT pour organiser un mouvement de grève le 6 septembre. Entre temps, un certain nombre de salariés ont reçu des pressions de la direction et de certaines organisations syndicales pour ne pas faire grève. Nous avons consulté nos militants qui ont préféré que nous attendions les orientations stratégiques de la direction, qui seront annoncées le 22 septembre.
En revanche, nous avons consulté notre avocat pour savoir comment agir pour dénoncer cette mascarade. La semaine dernière, nous avons déposé plainte au pénal contre SFR pour escroquerie. En effet, quand Patrick Drahi a obtenu l’accord pour le rachat SFR en 2014, il s’est engagé à sauvegarder les emplois jusqu’en juillet 2017.
Cet accord a été signé par l’UNSA, la CGT, la CFDT et la CFE-CGC. Cet engagement a été un élément substantiel pour permettre à Patrick Drahi de racheter SFR, notamment face à Bouygues Télécom et pour avoir l'avis favorable de l’Autorité de la concurrence. Or, depuis novembre 2014, il y a eu 1 200 départs contraints et aujourd’hui, on nous annonce 5 000 suppressions de CDI. La CFE-CGC attaque donc SFR pour faire respecter le droit des salariés de SFR.

Comment vont les salariés de SFR aujourd’hui ?
Les salariés sont en souffrance depuis l’acquisition de SFR par Patrick Drahi. Tant sur les conditions de travail qu’en raison des craintes pour l’avenir de leur emploi au sein de l’entreprise. Ils sont extrêmement inquiets et angoissés. L’ambiance est délétère. Les salariés s'interrogent : "dois-je être meilleur que mon collègue pour garder mon emploi ?", "dois-je subir ce qui se passe, prendre un chèque et me retrouver au chômage ?", "SFR va-t-elle disparaître pour permettre à Patrick Drahi de monter son empire factice ?"... Nous sommes tous désabusés d'avoir été dupes.